Histoire du lieu

Découvrez les origines d’un lieu chargé de sens, entre patrimoine rural et rénovation écologique en Dordogne.

Lorsque l’on s’attarde sur les pierres de l’Abri de la Lanterne, on s’aperçoit qu’elles portent les traces du temps : y figurent des croix, de nombreuses griffures, des traces laissées par d’anciennes structures, des dessins, des signes énigmatiques…

Mais de quand datent ces traces ? En quelle année les premières pierres ont-elles été posées ? Quelle est l’histoire de ces bâtiments érigés sur les anciennes berges de la Vézère ?

Si l’on se fie à la date inscrite sur le linteau de la porte principale, les premiers murs auraient été édifiés vers 1769 et le cadastre napoléonien de 1832 indique bien qu’il y avait déjà des constructions au début du xixe siècle. Or, à cette époque les formes des bâtiments diffèrent totalement puisqu’il s’agît alors de deux édifices en forme de « L » (parcelle 1194 en bas à droite).

La maison, la grange, et le séchoir à noix que l’on connaît actuellement ont donc été bâtis sur d’anciennes fondations, après 1832, très probablement dans la seconde partie du xixe siècle et sur les façades actuelles, on remarque que les pierres taillées proviennent d’anciennes constructions :

Comme le voulait l’usage, lorsque l’on édifiait des bâtiments on réemployait bien souvent les matériaux à disposition sur place et les murs de l’Abri de la Lanterne témoignent de cette pratique.

Les actes notariés confirment ce que les indices physiques présents sur le site montrent (mangeoire à bœufs, traces de cordes, anneaux sur les murs, mobilier, etc.) : dans les siècles passés une exploitation agricole se trouvait à l’Abri de la Lanterne. On y trouvait toute sorte d’animaux (moutons, juments, bovidés) et on y cultivait les terres et la vigne. Puis, la fréquentation du lieu s’est soudainement accentuée lorsque les anciens propriétaires ont reconverti l’espace en camping dans la dernière partie du xxe siècle (camping à la ferme Moulinié). Nous avons ensuite repris le flambeau afin de donner une nouvelle vie à cet espace unique !

Le puits de l’Abri de la Lanterne, que nous avons restauré car ses pierres se désagrégeaient, est coiffé d’un chapeau en forme de pointe qui le rend assez singulier :

Il évoque la célèbre Lanterne des Morts de Sarlat – chapelle sépulcrale de la fin du xiie siècle – et présente la même architecture générale que plusieurs autres puits maçonnés situés en Dordogne et en Corrèze. Grâce aux travaux de Pierre Villot, nous en avons en effet pu en répertorier un à Marcillac la Croisille (Corrèze), un second plus au nord, vers la commune de Toy Viam ainsi que quatre autres situés dans un périmètre assez localisé, en Dordogne cette fois, sur les communes de Badefols-d’Ans et de Villac :

Dans un bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord publié en 1975, Pierre Villot émettait l’hypothèse que ces quatre puits aient été édifiés par la même personne – peut-être un puisatier qui mît son savoir faire au service de quelques chanceux propriétaires. S’appuyant sur les propos d’un habitant local, le chercheur explique ensuite que les ouvrages pourraient bien dater du milieu du xixe siècle. La date de construction exacte du puits de l’Abri de la Lanterne nous est inconnue mais on est en droit de penser qu’elle est similaire à celle des puits de Badefols-d’Ans et de Villac puisque notre site est occupé au moins depuis cette époque.

Malgré la distance géographique qui sépare Lespinasse de Badefols-d’Ans, et comme le remarquait René Deuscher en 1975 lors de sa venue sur le site (voir document ci-après), il est hautement probable que l’histoire de ces puits soit liée tant leur structure est particulière.